Protéger son visage, sa voix, son consentement : ce que révèle le geste de Matthew McConaughey

En enregistrant légalement sa voix, son image et sa célèbre réplique « alright, alright, alright », Matthew McConaughey n’a pas simplement posé un geste défensif face à l’intelligence artificielle. Il a ouvert une brèche. Une brèche juridique, culturelle et éthique qui en dit long sur l’époque que nous traversons.

Pour la première fois, un acteur de cette envergure tente d’utiliser le droit des marques pour se protéger contre l’usage non autorisé de sa personne par des systèmes d’IA générative. Le geste est inédit. Et il est révélateur.

Car derrière la question du droit à l’image se cache un enjeu plus profond : qui a le droit d’exploiter ce que nous sommes, une fois que la technologie peut nous imiter parfaitement ?

Depuis quelques années, les deepfakes, les voix synthétiques et les avatars numériques se multiplient. Des célébrités comme Scarlett Johansson ou Taylor Swift ont déjà vu leur image ou leur voix détournées sans consentement, parfois à des fins commerciales, parfois à des fins ouvertement préjudiciables. L’IA rend ces appropriations rapides, peu coûteuses et difficiles à contrôler.

Le cas McConaughey est intéressant parce qu’il ne s’inscrit pas dans un rejet pur et simple de l’IA. L’acteur est lui-même investisseur dans une entreprise de synthèse vocale et a autorisé la création d’une version artificielle de sa propre voix. La nuance est importante. Le problème n’est pas l’IA. Le problème, c’est l’usage sans consentement.

Ce que McConaughey cherche à établir, c’est un principe clair : si ma voix ou mon image sont utilisées, ce sera avec mon accord, dans un cadre défini, avec reconnaissance et attribution.

Autrement dit, il ne s’agit pas de bloquer la technologie, mais de redessiner les frontières de la légitimité.

Sur le plan éthique, ce geste soulève une question fondamentale qui dépasse largement le monde des célébrités. Si une personne publique doit désormais mobiliser des outils juridiques complexes pour protéger son identité numérique, qu’en est-il des créateurs moins connus, des artistes émergents, des travailleurs culturels, ou même des citoyens ordinaires ?

L’IA rend l’appropriation asymétrique. Il est simple, pour une entreprise ou une plateforme, de capter des données, d’entraîner un modèle, de produire une imitation crédible. Il est beaucoup plus difficile, pour l’individu, de prouver l’abus, d’en mesurer les impacts ou d’en tirer une compensation équitable.

Ce déséquilibre pose un problème de justice. Non seulement économique, mais symbolique. La voix, le visage, la manière de parler ou de bouger ne sont pas de simples données. Ce sont des extensions de l’identité. Les reproduire sans consentement revient à extraire de la valeur d’un corps et d’une trajectoire sans reconnaissance.

Le geste de McConaughey pourrait annoncer un mouvement plus large. Celui d’une reprise de contrôle, non pas contre l’IA, mais face à une IA déployée sans cadre clair. Juristes, artistes et chercheurs expérimentent aujourd’hui différents leviers : droit d’auteur, droit à l’image, droit des marques. Aucun n’est parfaitement adapté. Mais tous témoignent d’un même besoin : remettre le consentement au centre.

Car l’enjeu n’est pas seulement de protéger des revenus ou une réputation. Il est de préserver une norme. Celle selon laquelle l’innovation technologique ne justifie pas tout. Celle selon laquelle l’IA doit s’inscrire dans un rapport éthique au travail humain, à la création et à l’identité.

En ce sens, le geste de Matthew McConaughey est moins un coup juridique qu’un signal culturel. Il rappelle que, même à l’ère des modèles génératifs, la personne ne doit pas devenir une ressource librement exploitable.

L’avenir de l’IA ne se jouera pas uniquement dans les laboratoires ou les tribunaux. Il se jouera dans notre capacité collective à affirmer que l’imitation n’est pas l’autorisation, et que la technologie, aussi puissante soit-elle, doit composer avec une limite fondamentale : le respect de l’humain.

À retenir

La voix et l’image sont devenues des actifs exploitables par l’IA.

Le consentement demeure le principe central d’un usage légitime.

Le droit actuel peine à suivre les capacités technologiques.

Les créateurs expérimentent de nouveaux moyens de protection.

L’IA pose moins un problème technique qu’un enjeu éthique et culturel.

Source : https://www.bbc.com/news/articles/cp87z6vexl3o

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