Quand l’IA te dit que le champignon est comestible

L’image circule, fait sourire, puis laisse un léger malaise.

Un personnage demande à une intelligence artificielle si un champignon est comestible. La réponse est immédiate, assurée : oui.

La scène suivante montre une tombe.

Dernière réplique de l’IA, calme et polie : « Vous avez raison, ce champignon était toxique. Je suis désolée pour la confusion. Voulez-vous en savoir plus ? »

Tout est là. L’absurdité, l’humour noir, mais surtout une vérité inconfortable sur notre rapport actuel à l’intelligence artificielle.

Le problème, ici, n’est pas que l’IA se trompe. L’erreur fait partie de toute production humaine ou technique. Le problème, c’est qu’elle se trompe sans le savoir. Elle ne doute pas, ne vérifie pas par prudence, ne perçoit pas la gravité potentielle de sa réponse. Elle ne comprend pas le réel. Elle calcule ce qui est plausible.

L’IA ne dit pas ce qui est vrai. Elle dit ce qui ressemble le plus à une bonne réponse.

Ce qui rend la scène tragique n’est donc pas le champignon, mais la confiance accordée sans recul. La délégation du jugement. Le moment où l’on cesse de penser avec l’outil pour penser à sa place. L’IA devient alors une autorité implicite, non parce qu’elle est fiable, mais parce qu’elle parle avec assurance.

C’est là que réside le véritable danger : plus une IA paraît convaincante, plus elle appelle une vigilance accrue. Elle ne possède ni intuition, ni sens du risque, ni conscience des conséquences. Elle peut imiter l’hésitation ou l’humilité dans le langage, mais elle ne sait pas structurellement quand elle devrait se taire.

Et lorsqu’elle se trompe, elle s’excuse après coup. Poliment. Correctement. Sans mesurer que certaines erreurs ne se corrigent pas. La tombe, elle, demeure.

Ce constat dépasse largement la question de la technologie. Il touche à notre culture numérique, à nos usages, à notre propension à chercher des réponses rapides plutôt que des jugements éclairés. L’IA devient problématique non pas parce qu’elle est imparfaite, mais parce qu’on l’utilise hors de son rôle, comme un oracle plutôt que comme un outil d’aide à la réflexion.

Demander à une IA si un champignon est comestible n’est pas un simple mauvais usage. C’est une erreur de raisonnement. Et croire qu’elle saura toujours quand dire non en est une encore plus grave.

L’intelligence artificielle peut éclairer, suggérer, accompagner. Elle ne doit jamais décider seule lorsqu’il existe un risque réel, humain ou irréversible. Parce qu’une réponse bien formulée, aussi fluide soit-elle, ne remplace ni l’expertise, ni le discernement, ni la responsabilité humaine.

L’IA peut soutenir la réflexion. Elle ne peut pas porter le jugement à notre place.

À retenir

  • L’intelligence artificielle produit des réponses plausibles, pas des vérités garanties.

  • Elle ne comprend ni le contexte réel ni les conséquences humaines de ses réponses.

  • Une IA ne sait pas quand elle devrait se taire ou refuser de répondre.

  • Plus une réponse paraît fluide et assurée, plus elle exige un regard critique.

  • Le risque ne vient pas de l’outil, mais de la délégation aveugle du jugement.

  • La responsabilité des décisions demeure entièrement humaine.

  • L’IA peut accompagner la réflexion, jamais s’y substituer.

Keep a human in the loop.

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