L’IA et la culture au cœur d’un sommet national à Banff

Les 16 et 17 mars 2026, à Banff, se tiendra le Sommet national sur l’intelligence artificielle et la culture, à l’initiative de Patrimoine canadien. L’annonce pourrait sembler institutionnelle, presque attendue. Elle ne l’est pas. Elle arrive à un moment où le milieu culturel ne peut plus se permettre de rester en périphérie des transformations technologiques en cours.

L’intelligence artificielle n’est plus un horizon lointain. Elle s’est installée dans les pratiques quotidiennes, parfois sans prévenir, souvent sans cadre clair. Elle influence la création, la diffusion, la médiation, la découvrabilité. Elle redéfinit la notion même d’auteur, de propriété intellectuelle, de reconnaissance du travail artistique. Et elle le fait à une vitesse qui laisse peu de place au recul.

Dans ce contexte, réunir à Banff des artistes, des gestionnaires culturels, des chercheurs, des décideurs publics et des acteurs du numérique n’a rien d’anecdotique. C’est un geste politique au sens noble. Reconnaître que l’IA ne peut pas être pensée uniquement comme un outil, mais comme un phénomène culturel à part entière, qui transforme nos récits, nos imaginaires et nos structures.

Le milieu culturel se retrouve aujourd’hui face à des questions inconfortables, mais incontournables. Que devient la création lorsque des systèmes génératifs produisent des images, des textes ou des musiques à partir d’œuvres existantes ? Comment assurer une rémunération juste quand les frontières entre inspiration, entraînement et appropriation deviennent floues ? Qui décide de ce qui est visible, recommandé, mis de l’avant, lorsque des algorithmes façonnent l’accès aux œuvres ?

Ces questions ne relèvent pas de la technophobie. Elles relèvent de la responsabilité.

La culture n’est pas un terrain neutre. Elle porte des mémoires, des identités, des tensions sociales, des voix minoritaires. Or, les systèmes d’IA tendent naturellement vers la normalisation, la moyenne, l’optimisation mesurable. Sans vigilance, ils risquent d’aplanir ce qui fait la singularité culturelle, d’amplifier des biais existants et de renforcer des rapports de pouvoir déjà inégaux.

C’est là que l’éthique cesse d’être un concept abstrait pour devenir un outil concret. Parler d’IA en culture, c’est parler de gouvernance des données, de transparence des modèles, de consentement des créateurs, de traçabilité des contenus. C’est aussi parler des conditions de travail dans les organismes culturels, souvent sous-financés, à qui l’on demande soudainement de « faire plus avec moins », maintenant appuyés par des technologies qu’ils n’ont ni choisies ni façonnées.

Le sommet de Banff a le potentiel de déplacer la discussion. De la fascination technologique vers une réflexion plus ancrée. De la peur de manquer le train vers une question plus fondamentale : vers où voulons-nous aller, collectivement ?

L’IA peut soutenir la culture. Elle peut aider à documenter, à préserver, à rendre accessible. Mais elle ne doit pas dicter le sens, ni remplacer le regard humain, ni évacuer la lenteur nécessaire à la création. Le progrès technologique, s’il n’est pas accompagné d’un cadre réfléchi, risque de devenir une fuite en avant.

Le fait que ce sommet soit national est en soi un signal fort. Il reconnaît que ces enjeux dépassent les organisations individuelles. Qu’ils nécessitent une vision commune, des balises claires et un dialogue soutenu entre les milieux culturels, technologiques et politiques.

La culture n’a pas à subir l’intelligence artificielle. Elle peut contribuer à en définir les contours, les usages, les limites. Elle peut rappeler que créer, ce n’est pas seulement produire, mais donner du sens.

C’est pour cela que ce sommet compte. Non pas comme une vitrine technologique, mais comme un espace de réflexion collective. Un moment pour affirmer que, même à l’ère des algorithmes, la culture reste profondément humaine.

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